Au-delà des perceptions négatives, la densité : efficace et agréable

La question de la densité, notamment résidentielle[1] est étroitement liée à l’enjeu de l’étalement urbain, puisque c’est le développement de quartiers à faible densité qui renvoie leur implantation toujours plus en périphérie, grugeant de grandes superficies non développées pour un faible nombre de résidents.

Densité et émissions de GES
La densité d’habitation et d’activités a un impact non négligeable sur les émissions de gaz à effet de serre d’une collectivité. Plus précisément, elle détermine les besoins en déplacements motorisés des résidents, notamment en influençant directement le niveau d’offre de service de transport collectif. En effet, en deçà d’un certain niveau de densité résidentielle, il peut être impossible ou extrêmement difficile de desservir efficacement un secteur en transport collectif ou alors d’en assumer les coûts financiers. Par ailleurs, un milieu dense favorise également la pratique des transports actifs.[2]La différence de densité entre deux quartiers peut entraîner une importante différence en matière d’émission de GES. Ainsi, les résidents d’un secteur de 43 log/ha émettront 38 % moins de GES qu’un secteur de 3,6 log/ha et 14 % de moins qu’un secteur de 21 log/ha, et ce uniquement en matière de transport [3] !

Densité, synonyme d’efficacité
L’augmentation de la densité résidentielle est associée non seulement à une réduction des émissions de GES, mais du même coup, une diminution des distances parcourues et de la consommation d’énergie pour le transport. L’efficacité de la densité dépasse le secteur des transports. Les milieux de vie plus denses permettent une consommation énergétique plus faible. En effet, une maison individuelle de deux étage subira des pertes plus importantes de 20 % par rapport à une maison jumelée, et 50 % par rapport à un appartement.
De plus, la densité offre aux municipalités l’occasion d’économies financières. À l’augmentation de la densité correspond une réduction significative des dépenses publiques [4], notamment pour les infrastructures majeures, les routes, les services de police et l’éducation. À Toronto, des études [5] ont calculé qu’un développement plus compact de la région dans les 30 prochaines années permettrait de réduire de 10 à 16 milliards de dollars les investissements dans les bâtiments, le transport et les services publics (aqueducs, égouts, etc.), et de 2,1 à 4 milliards de dollars les frais d’exploitation et d’entretien. Enfin, les milieux plus denses permettent également d’augmenter la viabilité des commerces et services de proximité.

La densité, un concept malmené. Pourtant…

La même densité peut prendre des formes bien différentes – Source : Vivre en Ville, adapté de Urban Task Force, Towards an urban renaissance, 1999

Certaines personnes redoutent les milieux de moyenne ou haute densité pour toutes sortes de motifs reliés à la qualité de vie, qui s’avèrent le plus souvent injustifiés. La densité résidentielle est loin d’être exclusivement synonyme de tours à logement ! Tout en assurant un niveau de densité convenable, des combinaisons de maisons en rangées, de duplex et de triplex peuvent contribuer à créer des milieux de vie durables, agréables et diversifiés. En fait, lorsque bien appliqué, le concept de densité peut être parfaitement compatible avec les besoins typiques des familles : espace suffisant, intimité, verdure. La taille parfois plus restreinte des espaces privés est compensée par la qualité et la quantité des espaces semi-privés et publics. En outre, il s’agit d’un choix de vie souvent plus économique pour tout un chacun.

Quand densité rime avec qualité. Quartier Vauban, en Allemagne – Source : Vivre en Ville

De plus, les avantages en termes d’efficacité et de rentabilité permettent aux milieux denses d’offrir aux résidents une multitude de services impossibles à obtenir en milieux de faible densité. Parcs, garderies, écoles, commerces, transport collectif, équipements de loisirs et culturels… Les résidents ont beaucoup plus de chance de retrouver ces services à une distance raisonnable et à un faible coût dans un milieu dense.

Des solutions pour nos milieux de vie
Différents leviers d’actions existent. Les villes peuvent notamment :

  • Prioriser le développement des friches urbaines.
  • Assouplir le règlement de zonage en matière de hauteur de construction.
  • Imposer des minima de densité et autoriser la densification des quartiers existants.
  • Restreindre le périmètre d’urbanisation.

Avec un peu de créativité, il existe différentes façons d’augmenter la densité des quartiers existants, sans pour autant réduire la qualité de vie des résidents déjà présents.

Logement transformé dans le cadre du programme “laneway housing” à Vancouver – Source : Ville de Vancouver

Vancouver a ainsi développé un concept original nommé EcoDensity, pour inciter à construire une deuxième maison dans la cour des maisons unifamiliales, à partir des garages donnant sur les ruelles arrières. Cette initiative a aussi été surnommée “Hidden Density” (densité cachée). Aujourd’hui, on peut voir que ces maisons, souvent destinées aux parents vieillissants ou aux enfants devenus adultes, présentent de multiples designs.

Notes
[1] Densité résidentielle = nombre de logements ou d’habitants pour une surface donnée (hectare ou km²).
[2] Institut national de santé publique du Québec, 2010. L’impact de l’environnement bâti sur l’activité physique, l’alimentation et le poids.
[3] Société canadienne d’hypothèque et de logement, 2000. Émissions de gaz à effet de serre attribuables aux déplacements urbains : outil d’évaluation de la durabilité des quartiers.
[4] John I. Carruthers et Gudmundur Ulfarsson, 2003. « Urban Sprawl and the Cost of Public Services », Environment and Planning B: Planning and Design, vol. 30.
[5] Christopher A. De Sousa, 2002. « Measuring the Public Costs and Benefits of Brownfield Versus Greenfield Development in the Greater Toronto Area », Environment and Planning B: Planning and Design, vol. 29.

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