Les ceintures vertes : efficaces contre l’étalement urbain ?

La nécessité pour les collectivités de limiter l’étalement urbain se fait de plus en plus sentir. Les nombreux problèmes que ce phénomène cause (allongement des distances parcourues, pertes de terres agricoles, destructions des milieux naturels et de la biodiversité…) poussent à la réflexion et à l’action !

Limiter dans l’espace les possibilités d’urbanisation constitue la base de cette action et doit généralement (au Québec) passer par une restriction du périmètre d’urbanisation ainsi qu’éventuellement par la définition de zones prioritaires d’aménagement. Par ailleurs, lorsque sont évoquées ces questions, un outil revient fréquemment sur la table, et nous en parlons également lors de nos activités ; la ceinture verte.

Une ceinture verte ?

Abercrombie Master Plan - 1944

London Master Plan - 1944 | Source : architekturtheorie.net

La notion de ceinture verte n’est pas nouvelle, mais c’est à Londres qu’on retrouve une application concrète et récente d’une telle mesure (mise en place entre les années 1930 et 1950)[1]. Le concept très évocateur a été par la suite souvent repris de façon plus ou moins rigoureuse et efficace. L’idée de base est simple ; créer une zone tampon composée de terres agricoles ou de milieux naturels. Les objectifs associés sont multiples et prennent plus ou moins de place selon les époques et les modes :

  • Assurer une capacité de production alimentaire à proximité de la zone populeuse,
  • Préserver le patrimoine rural et l’accès à «la nature» pour les citadins (notamment à des fins récréatives),
  • Conserver la biodiversité,
  • Bénéficier des effets bénéfiques de la proximité d’espaces verts (qualité de l’air, régulation climatique…), et bien entendu
  • Limiter l’étalement urbain et favoriser une utilisation plus optimale du territoire.

Sur le papier, la mise en place d’une ceinture verte est donc très attrayante, ce qui explique qu’au même titre que d’autre concepts, on en entende parler un peu à toutes les sauces. Dans la réalité, les quelques expériences de ceintures vertes dignes de ce noms sont rares et leurs succès très discutés. Cette rareté est assez compréhensible. Pour être crédible et efficace la mise en place d’une ceinture verte doit être accompagnées de mesures fortes en matière de règlementation de l’urbanisation ; les bonnes intentions ne suffisent pas. Que cela passe par une maîtrise foncière des terres désignées par la collectivité ou par la mise en place de zones non constructibles définitives et non-négociables, des actions concrètes doivent exister.

Alors, est-ce qu’une ceinture verte appuyée par des actions et règlements forts permet d’atteindre les objectifs mentionnés précédemment ? C’est malheureusement rarement le cas, et les problèmes arrivent surtout lorsqu’on considère le dernier objectif, qui est pourtant souvent au cœur d’une telle démarche. Si la mise en place d’une zone tampon non constructible peut freiner l’étalement urbain, ce n’est généralement que temporaire ; tôt ou tard, le développement urbain franchira cette barrière. Sans que d’autre mesures orientent la façon dont se développe la collectivité à l’intérieur de la ceinture et la manière dont les municipalités de l’extérieur se développent, l’effort est a peu près vain. Le phénomène de franchissement, parfois appelé leapfrogging (saute-mouton), attire généralement une bonne part des critiques.

Ottawa, une ceinture de verdure au sein de la municipalité

Ce problème apparaît clairement dans le cas d’Ottawa et de sa ceinture verte, appelée ceinture de verdure. Créée dans les années 1950, elle avait pour objectif premier de limiter l’étalement urbain en offrant un espace suffisant pour accueillir 500 000 habitants. Basée en grande partie sur des expropriations et acquisitions de terres par la Commission de la capitale nationale, la ceinture de verdure comporte plus de 20 000 ha de territoires naturels et agricoles (dont les 3/4 appartiennent à la CCN, le reste étant réparti entre des entités fédérales et privées). Mais Ottawa a connu depuis une croissance (démographique et de sa superficie) bien supérieure à cette prévision et compte aujourd’hui autour de 895 000 habitants pour une superficie de 279 600 ha[2]. L’actuel territoire englobe des anciennes municipalités à l’extérieur de la ceinture, fusionnées avec Ottawa depuis 2001. C’est le cas de Kanata, une banlieue de l’ouest d’Ottawa. Il serait exagéré de parler de Kanata uniquement en termes de banlieue dortoir, mais avec sa localisation (collée sur la ceinture de verdure), sa forte croissance démograpique (multipliée par 12,1 en 35 ans[3]) et sa forme urbaine (ensembles de résidences unifamiliales), le tout à 30 minutes du centre d’Ottawa, il y a des raisons d’y penser !

La ceinture de verdure d'Ottawa, 1996

La ceinture de verdure d'Ottawa, 1996 | Source : www.canadascapital.gc.ca

La ceinture de verdure et le développement de Kanata a également des conséquences sur la localisation d’un équipement majeur ; la Scotia Bank Place, ou joue notamment l’équipe de hockey Les Sénateurs. Situé à l’ouest (d’une banlieue de l’ouest…) de Kanata, ce grand générateur d’activité et de déplacements se retrouve ainsi à 25km du centre de la capitale. Bien que des raisons existent pour expliquer ce choix souvent critiqué[4], cela demeure, en matière de planification urbaine, une décision déplorable.

Un bilan mitigé

Pour Ottawa, la mise en place de cette ceinture de verdure n’a vraisemblablement pas permis de limiter l’étalement urbain comme souhaité, et dans certains cas, a certainement eu des effets néfastes en repoussant le problème encore plus loin. Cependant, l’existence de cette bande naturelle constitue aujourd’hui un atout qui fait partie de l’image de la capitale canadienne. En offrant, au cœur de la grande municipalité, des espaces agricoles et naturels variés, la ceinture de verdure garanti un accès facilité à cet environnement et offre un habitat intéressant pour une biodiversité à préserver.

Ailleurs dans le monde, et notamment à Londres, ou encore à Toronto, les exemples de ceintures vertes sont généralement discutés pour différentes raisons. Ainsi, les principales critiques au sujet de la London Metropolitan green belt attaquent le côté interventionniste de la mesure qui vient fausser le marché. Pour Toronto, bien qu’il soit trop tôt pour tirer des conclusions, la grande étendue de la ceinture est généralement saluée (repoussant parfois à plus de 100 km les zones constructibles) mais sa position laisse de nombreuses terres agricoles en zone urbanisable et en fait donc de potentielles victimes de l’étalement urbain. La ceinture verte n’est donc pas une solution magique, loin de là, et la mise en place d’une telle mesure doit être accompagnée d’autres limitations, règlementations et incitatifs visant à orienter la croissance des villes de façon plus viable.

Notes

  1. [1] The Green Belt Saga, P Hamson, Radlett Green Belt Society, 1969
  2. [2] Ville d’Ottawa, Coup d’œil sur la ville d’Ottawa (en ligne)
  3. [3] Kanata, article Wikipedia.org
  4. [4] Reevely D., Ottawa Citizen, 13 février 2009 (article en ligne)

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