Écoquartier : du projet de prise en charge citoyenne à l’opération exemplaire d’aménagement durable

Parler de développement durable en urbanisme conduit inévitablement à parler d’écoquartiers. Mais sait-on véritablement ce qu’est un écoquartier? La définition de ce concept varie de façon importante selon le pays, voire la région, où l’on se trouve.

Une prise en charge citoyenne

Au Québec, le concept d’éco-quartier est apparu en 1995 sous la forme d’un programme mis en place par la Ville de Montréal. L’éco-quartier est alors conçu comme une organisation autonome, couvrant chacune un district électoral, bénéficiant d’un soutien financier de la Ville, et se voyant accorder une mission d’éco-civisme, c’est-à-dire de propreté, d’embellissement, de gestion écologique des matières résiduelles et éventuellement d’intégration de la nature en ville : des fonctions généralement réservées aux autorités municipales. L’éco-quartier valorise la communication directe avec le citoyen, les actions concrètes (comme les corvées) et la participation bénévole.

Dans les faits, deux types d’éco-quartiers verront le jour à Montréal. Le premier se contentera de réaliser les activités prévues par la Ville. Le second cherchera à étendre, dans une perspective d’autonomisation locale, la portée de ses interventions à des questions socio-économiques, comme la lutte contre la pauvreté, la sécurité alimentaire et l’intégration des immigrants. Avec le temps, le territoire d’influence des éco-quartiers s’étendra du district électoral au quartier, voire à l’arrondissement municipal. Même s’il aura peu d’écho ailleurs au Québec, c’est ce concept d’éco-quartier qui sera repris dans le Plan de développement durable du Québec en novembre 2004.

Un quartier exemplaire

En France, le concept d’écoquartier prend un tout autre sens. Directement inspiré par des projets écologiques du Nord de l’Europe, tels qu’Ecolonia[1] aux Pays-Bas et Ekostaden[2] (dont fait partie le projet Bo01) en Suède, l’écoquartier est synonyme de projet urbain exemplaire ou, du moins, performant du point de vue environnemental. Consacré par la loi adoptée à la suite du Grenelle de l’Environnement (2007-2008), l’écoquartier est aujourd’hui défini comme « une zone urbaine conçue, organisée et gérée dans une démarche de développement durable, […] un projet d’aménagement urbain visant […] à réduire son empreinte écologique sur l’environnement ». Ses objectifs sont de réduire les consommations énergétiques, mieux gérer les déplacements avec limitation de la voiture et incitation à l’utilisation des transports collectifs et actifs, réduire les consommations d’eau, limiter la production de déchets, favoriser la biodiversité et apporter une attention particulière aux chantiers et aux matériaux de construction utilisés.

Les écoquartiers se distinguent cependant par leurs fondements. Certains sont des protoquartiers (initiés par des militants qui se structurent pour devenir promoteurs ou construire par eux-mêmes), d’autres des quartiers prototypes ou techno-quartiers (plus chers à mettre en œuvre, réservés à des populations aisées, extrêmement performants sur le plan environnemental et qui servent de vitrine) ou encore des quartiers types (plus aisément reproductibles).

Quartier Augustenborg, Malmö, Suède

Des écoquartiers aux collectivités viables ?

C’est le concept français d’écoquartier, et non celui d’origine montréalaise, qui tend aujourd’hui à se répandre au Québec. C’est déjà le cas à la Ville de Québec, et ça ne saura tarder ailleurs. Pourtant, aussi intéressant ce concept puisse-t-il être en termes urbanistiques, il laisse de nombreuses questions en suspens. Par exemple, quels rôles les quartiers existants sont-ils appelés à jouer dans le projet collectif de développement durable? Des éléments de réponse résident assurément dans les expériences des éco-quartiers et des quartiers verts, actifs et en santé de Montréal, du quartier Weingarten (PDF)  à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne, ou encore du quartier Augustenborg à Malmö en Suède. Le concept d’écoquartier, synonyme d’opération exemplaire d’aménagement durable, mérite donc d’être précisé, bonifié et redéfini à la lumière du débat qui a toujours cours des deux côtés de l’Atlantique sur ce qu’est véritablement un quartier durable et sur les efforts qui sont ici déployés afin de définir ce qu’est une collectivité viable.

  1. [1] Il n’existe pas de site Web officiel du projet Ecolonia. Voici une petite description non officielle (PDF).
  2. [2] Le site Web officiel d’Ekostaden est en suédois et en anglais. On peut y trouver une fiche descriptive en français. (PDF)

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Commentaire (1)

  • bjr je suis de tunisie ce type de projet nous interesse nous souhaitons prendre contact avec vous

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