Concilier agriculture et urbanité

L’agriculture urbaine a la cote depuis quelques temps au Québec. En fait, cet engouement dépasse largement les frontières québécoises et fait écho un peu partout dans le monde. Mais revenons d’abord à ce qui se fait ici. Dernièrement avait lieu, à Montréal, l’École d’été sur l’agriculture urbaine, organisée par le Collectif de recherche en aménagement paysager et agriculture urbaine durable (CRAPAUD). Une journée était consacrée à la rédaction d’une Charte citoyenne montréalaise sur l’agriculture urbaine. Voilà un pas de plus dans les revendications pour la reconnaissance de cette dernière par les instances décisionnelles.

L’agriculture a bel et bien sa place en ville, et il n’est de toute façon pas nouveau qu’elle y soit. Depuis longtemps des gens l’exercent de façon spontanée. Depuis les années ‘60, l’agriculture urbaine a été nommée et lentement institutionnalisée, si bien qu’aujourd’hui, des municipalités l’intègrent à différentes politiques. Dès 1975, Montréal mettait en place un programme de jardins communautaires. Aujourd’hui, Paris va plus loin avec ses jardins partagés, lesquels s’intègrent dans une trame de biodiversité. Mais les deux ont en commun une compréhension de l’agriculture urbaine relativement limitée, principalement axée sur le jardinage, dans une optique d’action citoyenne.

Jardin communautaire à Montréal | Source : urbanmkr, Flickr.com

Élargir la portée de l’agriculture urbaine

C’est d’ailleurs bien souvent le cas. Dans son utilisation actuelle, le terme “agriculture urbaine” se limite la plupart du temps « aux cultures de produits destinés à l’alimentation, réalisées dans un milieu urbain par ses habitants » [1]. Ainsi, l’agriculture urbaine réfère généralement au jardinage qui s’inscrit dans une action sociale. On parle de jardins communautaires, de jardins collectifs, de jardins privés ou de jardins sur les toits, avec des objectifs associés à la sécurité alimentaire, l’appropriation du territoire par les citoyens, la solidarité, bref à l’initiative citoyenne. Tous ces combats pour l’agriculture urbaine à l’échelle du citoyen sont d’une grande importance et doivent se poursuivre. Mais les acteurs et défenseurs de l’agriculture urbaine ne sont-ils pas en train de restreindre la portée de cette pratique alors que tous les enjeux sociaux, environnementaux et économiques actuels et futurs justifieraient plutôt une agriculture urbaine aux dimensions plus vastes ? Les interventions de l’agriculture urbaine doivent répondre à des enjeux de plus vastes horizons.

Dimension écologique

De nombreuses villes à travers le monde mettent en place toutes sortes de projets pour verdir les milieux de vie. Les raisons sont multiples, de même que les objectifs. En plus de participer à plusieurs de ces objectifs (mise en place de corridors écologiques, réduction des îlots de chaleurs urbaine, avantages pour la santé, etc.) l’agriculture urbaine a d’autres avantages environnementaux, dont le plus évident est la réduction des distances de transport des aliments. Autant d’avantages qui participent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à l’amélioration de la qualité de l’environnement en général.

Les Fermes Lufa | Source : https://lufa.com

Production alimentaire

De plus en plus de personnes croient à la nécessité et la possibilité de produire des aliments pour la vente, et ce à plus grande échelle, avec des objectifs similaires à ceux de l’agriculture conventionnelle, c’est-à-dire nourrir les populations. On trouve un bon exemple dans Les Fermes Lufa, qui livrent aujourd’hui des paniers bio, livrés à proximité pour limiter les transports. Selon Mohamed Hage, président des Fermes Lufa, une superficie de 15 pieds carrés leur suffit pour produire ce que consomme une personne annuellement (voir l’article Les dessous des Fermes Lufa).

Or, malgré la réussite et leurs volontés d’expansion, la tâche risque fort d’être compliquée tant et aussi longtemps que l’agriculture urbaine ne sera pas reconnue comme une activité non seulement citoyenne, mais aussi économique. Les règlements municipaux déterminent les usages potentiels sur les différentes parties de la ville. Or, l’agriculture est bien souvent absente des usages potentiels. De plus, toutes les questions de cohabitation de l’agriculture avec les autres usages doivent faire l’objet d’une réflexion.

L’agriculture urbaine est peut-être rendue à un point où l’on doit trouver une façon de joindre l’action citoyenne et l’activité commerciale dans une planification à l’échelle des agglomération. Tout en conservant et améliorant le volet citoyen de l’agriculture urbaine, les villes doivent l’intégrer à un vision d’ensemble de laquelle découleront aussi une série de mesures pour verdir les villes, améliorer la biodiversité urbaine, favoriser la production agricole de proximité, protéger le territoire agricole existant dans les villes et leurs périphéries, bref répondre aux impératifs d’un développement urbain viable.

  1. [1] Regroupement des Jardins Collectifs du Québec, 2007. Enjeux autour de l’agriculture urbaine contemporaine. p. 3

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Commentaire (1)

  • Bonjour, Je voulait ajouter un commentaire concernant la consommation de viande et de produit laitier. Pourquoi on a tellement peur de se l’avouer, la consommation de la viande est TRÈS polluante et mauvais pour notre santé. Il faudrait bien en parler, et penser a renouveller cette industie polluante pour notre futur, il suffit de le vouloir et d’y travailler. Cela est devenu indispensable.

    Dans le Protégez-vous:
     »«Le secteur des animaux d’élevage est actuellement l’un des deux ou trois plus grands responsables des problèmes environnementaux de la planète», affirme un récent rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

    En prenant en compte l’ensemble de la filière, de la ferme au supermarché, les experts de l’agence onusienne ont même calculé que, mesurée en équivalent CO2, sa contribution au réchauffement climatique – 18 % du total des émissions de gaz à effet de serre (GES) – est plus élevée que celle
    des transports.

    Selon la FAO, l’élevage est notamment à l’origine de 65 % des émissions de protoxyde d’azote, un gaz essentiellement imputable au fumier et beaucoup plus nocif que le CO2: à quantité équivalente, son potentiel de réchauffement global est 296 fois plus important. Ce secteur génère aussi 37 % du méthane lié aux activités humaines. Produit dans le système digestif des ruminants et au cours de la fermentation des lisiers dans les fosses d’entreposage, ce gaz réchauffe 23 fois plus l’atmosphère que le CO2 »

    Lire la suite:http://www.protegez-vous.ca/maison-et-environnement/la-viande-plus-polluante-que-le-transport.html

    Certains diront qu’il suffit de manger local ou moins de viande, c’est une voie a suivre mais le problème de transformation de la viande ou du lait et de gaz méthane ainsi que le fumier reste encore, polluant ainsi notre nappe terrestre et notre air, bref, ce n’est qu’un pansement sur la bobo. Pensons alors a donner le bon exemple a nos enfants, si nous ne pouvons pas cessez la viande ou le lait malgré tous les produits de remplacements existants sur le marché, ne montrons pas la même voie a nos enfants, pour leur propre avenir.

    Le changement est a nos portes, ils suffit d’y entrer !

    Chalyse.

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