Europe : vers une généralisation des zones 30

Quand on parle d’apaisement de la circulation et de la place des transports collectifs et actifs, une grande partie des pays européens sont considérés en avance par rapport à l’Amérique du Nord. Si l’on en croit la nouvelle résolution que le Parlement Européen vient d’adopter, cette avance va se maintenir !

En effet, en réponse au Rapport « Koch » sur la sécurité routière au niveau européen pour la période 2011-2020 la résolution adoptée le 27 septembre, recommande entre autres « de limiter à 30 km/h la vitesse maximale dans les zones résidentielles et sur toutes les routes à voie unique des zones urbaines qui ne présentent pas de piste distincte pour les cyclistes, et ce afin de mieux protéger les usagers de la route vulnérables » (point 54 de la résolution). L’abaissement des limites de vitesses à 30km/h plutôt que 50km/h a fortement augmenté depuis une quinzaine d’année. La raison est simple : le risque de collision fatale est drastiquement réduit entre ces deux seuils de vitesse.

Chances de survie d’un piéton ou d’un cycliste lors d’une collision avec une voiture selon la vitesse

Vitesse du véhicule % Chances de survie % de véhicules roulant au-delà de cette vitesse en zone urbaine
Auto Véhicules lourds
~30 km/h (20 mph) 95 95 91
~50 km/h (30 mph) 45 72 55
~65 km/h (40 mph) 5 12 5

Source : Source: ETSC Voice Fact Sheet, 2005 (Traduction libre), via European Cyclists Federation.

Cherchant à réduire le nombre et la gravité des accidents, de nombreuses villes ont développé un important réseau de zones 30, de zones de rencontre, ou encore de rues piétonnes. On peut notamment penser, en France, à Lyon et ses 87 km de zone 30, ou encore à Chambéry, qui montre des résultats très positifs en matière d’apaisement de la circulation :


Une forte baisse des victimes en 15ans. Source : EspacePiéton.org.

Reste qu’au delà de la limitation des vitesses, il faut avant tout voir les zones 30 comme des réaménagements majeurs de l’espace public, une façon de ré-équilibrer la place accordée aux différents modes de déplacement. Car de la même façon qu’on ne peut envisager de limiter arbitrairement la vitesse d’une autoroute à 50 km/h sans la modifier, une zone 30 doit parler d’elle-même. En Belgique, même l’association flammande des automobilistes VAB réclame des zones 30 «plus naturelles et crédibles» !

Au Québec, les contres-exemples sont fréquents. Bien que les villes aient la possibilité de mettre en place des zones 30, elles se résument souvent à une simple signalisation, généralement aux abords des écoles. Faute d’aménagements destinés à apaiser la circulation (rétrécissement de la voie, sinuosité, mobilier urbain…) la seule raison de respecter une limite de vitesse devient la peur d’un contrôle de police. Ce genre d’opération policière permettant d’émettre « 55 contraventions en deux heures au même endroit » a beau marquer l’imaginaire, les résultats sont maigres. En effet, le CAA-Québec constatait début septembre que « Moins de deux semaines après les activités de sensibilisation de la rentrée, les mauvaises habitudes sont toujours présentes ». Lors de ces observations, les excès de vitesse représentaient 22% des infractions. Autre fait marquant, 1/3 des véhicules en cause pour l’ensemble des infractions étaient conduit par des parents qui allaient déposer ou chercher leurs enfants…

Pour terminer, une petite comparaison en images entre un exemple de réaménagement d’une avenue majeure à Chambéry, et la signalisation dans une rue à Baie-Comeau :


Avenue Jean Jaurès, près d’une école, Chambéry (Google Streetview)


Une « zone 30 » à Baie-Comeau (Source: Vivre en Ville)

Pour plus d’informations:

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Commentaires (6)

  • Ces zones 30 sont typique de l’idéologie anti-voiture. Elle déresponsabilisent totalement les piétons qui ensuite narguent même les lois de la nature qui font qu’en cas d’impact, le piéton est TOUJOURS perdant.

    La réalité des zones 30 est nettement moins élogieuse. La police cantonale zurichoise a dû effectuer une étude sur mandat du parlement et c’est l’une des rares études neutres sur le sujet. Conclusion: AUCUNE amélioration perceptible au niveau des accidents et de leur gravité.

    Bien au contraire, la multiplication de ces zones, contre l’avis démocratiquement émis en 2001 à près de 80 % des votants (excusez du peu…), fait que depuis 3 ans, la seule catégorie qui connait une augmentation de ses victimes sur la route sont les piétons!

    À Berlin, malgré une hausse de 30% de répression routière (on apaise la circulation, bien sûr! On ne vous dira pas merci!), les piétons sont désormais la MAJORITÉ des victimes de la route et ont connu une augmentation de leur victimes. Faut-il préciser que les zones 30 ont été élargies?

    Marre de ces dogmes qui génère la lutte des espaces en imposant une aberration: la route doit devenir un espace « partagé ». Arrêtez de parler d’apaisement de la circulation en facilitant la criminalisation de toute la société active qui a besoin de la voiture…

    Vos chiffres mathématiques en cas d’impact ne reflètent pas la réalité humaine: on ne craint pas des voitures lentes et on devient téméraire…

    Vous me faites pensez à ces Talibans, mais adapté au thème de la circulation. La réalité ne vous intéresse pas et que les conséquences négatives vous sont égal.es. Comme les autorité de Bisikon, qui malgré le triplement des accidents depuis l’introduction de la zone 30 refuse toute remise en question…

  • Bonjour,

    Merci pour votre réaction… bien qu’un langage plus modéré aurait été plus à propos.

    Vous soulevez des points intéressants, qui gagneraient à être appuyés par des sources. Pourquoi ne pas simplement faire des liens vers des pages de votre site internet mobilitant.org ?

    J’en ai consulté une partie, et malgré mon désaccord persistant quant à la rhétorique employée pour faire valoir vos arguments ainsi que sur certains sujets de fond, je pense que votre réaction à l’emporte pièce traduit une compréhension partielle du propos de cet article !

    En effet, bien que j’aborde le sujet par la question de la future généralisation des zones 30 (point de désaccord entre nous, j’en conviens), j’ai surtout voulu en profiter pour rappeler qu’une zone 30 arbitraire, mal conçue et basée uniquement sur la menace de la répression policière n’est pas pertinente.
    L’exemple de Neuenegg que vous citez (http://mobilitant.byethost14.com/pages/fr/communes/neuenegg.html au passage, le lien vers le site de la ville en question est brisé) vient conforter notre position. L’aménagement de l’espace, notamment via des méthodes d’apaisement de la circulation, doit prévaloir sur une simple limitation répressive. Il est évident que, comme dans toute modification de l’espace public, la mise en place de zones 30 doit se faire de façon intelligente et cohérente.

    En espérant que vos futures réactions seront plus cordiales !
    Pierre-Yves.

  • Ma réaction est effectivement pour le moins épidermique. Mais nous avons fait recours ici contre la volonté de mettre en zone 30 tout un village, Saulcy, alors que le point de départ était une pétition pour une rue, celle menant à l’école. Puis les autorités communales se sont dit pourquoi pas deux rues, et ensuite le service cantonal (l’équivalent du niveau provincial au Canada) ont poussé à l’élargir à tout le village. Il n’y a pas eu d’accident recensé dans ces rues pour au moins les 20 dernières années. La personne à l’origine de la pétition a, dès le lendemain de la récolte des signatures, montré le sens de sa démarche: les jouets des enfants (tracteur pour enfant, pelle/rateau, poupée ou autre) ont été laissés volontairement sur la route pour « marquer » le terrain.
    Résultat, notre association a porté le cas en justice et elle a gagné sur tous les points.

    Pour autant, les autorités cantonales n’ont pas changé d’un iota leur politique en faveur de ces zones et ont récidivé avec un autre village. Ce village s’appelle « Les Enfers » (vous pouvez sourire, mais c’est authentique!) et il n’a pas connu d’accident depuis au moins…55 ans!

    Mais l’attitude est dogmatique et correspond bien à une forme de talibanisme, ou de racisme. Les autorités communales veulent protéger les enfants, même qu’ils n’y a jamais eu d’accident, notamment face aux véhicules agricoles très nombreux dans ces rues, 5 exploitations agricoles pour une dizaine d’habitations!

    Pour y avoir été, un tracteur limité à 25 km/h (il avait un autocollant qui l’indiquait à l’arrière et ce n’est pas le genre d’autocollant qu’on mets pour s’amuser mais bien pour avertir les autres véhicules) est passé par-là et franchement je n’ose pas imaginer la situation si un de mes enfants aurait couru sur la route. Ce qu’il aurait fait avec la mentalité des promoteurs de zones 30: on « apaise » la circulation et on « rend la rue à tous »…

    Et si on a commencé par en instaurer aux abords immédiat des écoles, aujourd’hui, et ceci le plus souvent de manière illégale ou malhonnête, on transforme l’exception en règle, comme vous le souhaitez…

    J’espère que vous resterez aussi intelligent et cohérent, mais vous allez assurément vite vous faire dépasser par de nombreuses personnes zélées comme ici. On veut « sauver des enfants », comment oser ne pas être d’accord?

    J’ai deux enfants, 7 et 10 ans, et j’essaie de leur inculquer une saine crainte de la circulation sans pour autant entrer dans l’hystérie. Ils me le rendent bien en me taquinant régulièrement quand ils voient des zones 3o…

    Pas plus tard qu’il y a 3 jours, alors que je suis allé cherché mon enfant (à pied rassurez-vous!), d’autres enfants arrivaient d’un autre chemin. Le premier d’entre eux s’est arrêté pour regarder avant de traverser la route, et spontanément mon fils, 7 ans, l’a félicité pour ça en lui disant bravo et en levant le pouce. J’en étais abasourdi et fier.

    Comme quoi, on peut faire beaucoup de chose avec les enfants et ils sont capables d’assimiler beaucoup plus que ce que certains veulent nous faire croire. Mais on ne leur rend pas service en faisant croire que la rue peut être sûre ou qu’ils ont tous les droits, ce que promeuvent justement les initiateurs de zones 30 à leur corps défendant…

    J’espère être plus dans le « dialogue » que vous recherchez, mais à force de tomber sur des fonctionnaires obtus et des fanatiques anti-voitures, certains allant jusqu’à me contester le fait d’être humain (comment pouvez-vous être contre la protection de nos enfants?), il m’arrive d’écrire tout haut ce que je pense tout bas!

  • Voici le lien pour Neuenegg:

    http://www.neuenegg.ch/de/verwaltung/dienstleistungen/?action=showdienst&dienst_id=21459

    On le modifiera en conséquence prochainement!

    Merci pour la mention.

  • Pour Neuenegg, un autre lien, celui du VCS (ATE, les anti-voitures par excellence!) décrivant un peu mieux la situation.

    En petit, limitation 50 km/h….

    http://www.vcs-sgap.ch/dossiers/Hauptstrassen/Neuenegg.html

  • Franchement, je trouve l’aménagement de Chambéry particulièrement moche, « agressif  » et pas du tout encourageant à une communication entre les mobilité. L’image de Baie-Comeau est aérée, on a une bonne visibilité tant en tant que piéton qu’automobiliste ou cycliste. Les espaces sont clairs et sans ambiguïtés: un trottoir de chaque coté. Que veut-on de plus? Personnellement je trouve triste et une monumentale perte d’argent des aménagements comme à Chambéry où l’on ne sait plus où traverser, où les « enroués » (autos, cycles ou motos) sont autant perdus et de devoir être en permanence sous la menace d’un surgissement de piéton inopiné…

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