L’étalement urbain, une fuite vers l’avant

Tout le monde a déjà entendu parlé d’une chaîne pyramidale. Il y a des systèmes de ventes qui fonctionnent de cette façon, mais ça peut également prendre la forme d’une chaîne de lettres ou de recettes. Si ces chaînes fonctionnent, c’est d’abord et avant tout parce que  l’espoir nous pousse à croire qu’on peut obtenir beaucoup avec peu d’efforts. Mais nous savons tous qu’un jour ou l’autre, une telle chaîne se brisera et que les derniers n’auront rien en retour.

En économie aussi ce type de chaîne existe, mais avec des répercussions bien plus graves. Ce fonctionnement frauduleux porte d’ailleurs un nom: la chaîne de Ponzi. Cette chaîne décrit un système d’investissement dans lequel les gains sont strictement basés sur les nouveaux investissements, réclamant à leur tour de nouveaux investissements pour leur propres profits, et ainsi de suite. Le problème s’aggrave, jusqu’à ce que tout s’écroule, et alors certains perdent tout. Quel rapport avec l’aménagement du territoire ? C’est le même principe qui se joue avec l’étalement urbain.

C’est ce que nous avons décrit dans notre mémoire concernant le projet de Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Montréal[1] :

Le développement urbain tel qu’il se pratique depuis des décennies dans la région de Montréal, au Québec et dans toute l’Amérique de Nord s’apparente à une chaîne de Ponzi, l’intention criminelle en moins. Essentiellement, les municipalités échangent des responsabilités à long terme d’entretien, de réparation et de remplacement d’infrastructures contre des entrées à court terme de liquidités sous forme de taxe foncière, de permis de construction, de taxe de mutation et de subsides gouvernementaux. Dans un système équilibré, ces revenus devraient permettre de couvrir à la fois les obligations courantes et les investissements liés aux travaux majeurs. La chaîne de Ponzi apparaît lorsque cet équilibre n’est pas assuré. C’est ce phénomène qui est actuellement à l’œuvre dans nos municipalités avec, comme fondement et conséquence, l’étalement urbain
(Vivre en Ville, 2011, Et si le PMAD ne changeait (presque) rien ?, p. 7)

Les Bourgs de la Capitale – Beloeil | Source : Vivre en Ville

Il s’agit d’une fuite vers l’avant, où les municipalités, pour financer les dépenses d’entretien de structures vieillissantes, ouvrent de nouveaux lots pour des développements qui apporteront de nouveaux revenus fonciers. Elles oublient, volontairement ou non, que les nouvelles infrastructures construites par les promoteurs tomberont bientôt sous la responsabilité de la ville, qui devra payer non seulement pour les infrastructures déjà vieillissantes, mais aussi les nouvelles, qui vieilliront à leur tour. Elles négligent, par la même occasion, le fait que le territoire de leur municipalité n’est pas sans fin. Un jour ou l’autre, ce mode de financement ne fonctionnera plus, et les dépenses seront d’autant plus oppressantes.

Et ce n’est pas tout. Il existe des infrastructures nécessaires à un développement étalé qui ne sont pas assumées par les ville elles-mêmes, mais le gouvernement du Québec : les autoroutes. Cette externalisation des coûts de construction pour les municipalités est un incitatif de plus à reproduire cette chaîne de Ponzi. Si bien qu’une part importante des nouveaux développements résidentiels en banlieue sont construits en bordure d’autoroute.

  1. [1] Cette description, dans le mémoire, de la chaîne de Ponzi en aménagement, est directement inspirée d’un article de l’organisation Strong Towns: The Growth Ponzi Scheme

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Commentaire (1)

  • Ce problème de la fuite en avant, décrit ici en matière d’urbanisme, peut être étendu à d’autres sujets, en particulier les infrastructures. Les élus cherchent un profit immédiat (la reconnaissance de leurs électeurs) en construisant des infrastrctures dont les couts d’exploitation et de maintenance seront à la charge des générations suivantes. Le mécanisme est identique à celui décrit dans l’article : financement court terme pour des dépenses longs termes. Année après année, on construit ainsi, en France, un réseau TGV et autoroutier qui accaparent toutes les ressources, au détriment du réseau ferré régional ou du réseau routier national.

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